Tout doucement

18 septembre 2017

Tu n'auras pas de Mont Blanc

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Quelques ingrédients vers lesquels je me tourne lors de compulsions alimentaires.
Charcuteries, lait, chocolat au lait et noisettes Milka,céleri rémoulade, fromages...

* * *

C'est à l'adolescence que j'ai commencé à avoir des compulsions. Vers l'âge de 16 ans quand je n'ai plus reçu de cadeaux à Noël ou à mon anniversaire mais plutôt de l'argent que j'ai alors commencé à dépenser dans la nourriture.

Si on m'avait posé la question hier encore, j'aurais répondu que c'était à cause d'une décision prise un jour d'automne, 6 mois après la naissance de mon fils, et qui m'avait déterminée à pousser la porte d'une diététicienne. Diététicienne chez laquelle j'avais attendu plus de deux heures à me ronger les ongles, à la fois par la crainte d'être sermonnée à cause de mon poids mais aussi et surtout par le manque de tabac qui, chez les grandes fumeuses, se manifeste à peine dix minutes après avoir écrasé la dernière cigarette. Alors deux heures, c'est dire dans quel état d'énervement j'étais en franchissant le seuil du cabinet de la maigrichonne sèche qui m'accueillit comme une porte de prison.

Mais aujourd'hui, je suis persuadée que tout a commencé quand j'étais petite en fait. Toute petite, toute petite. Dès ma naissance, je suis entrée de plein fouet dans l'univers des hôpitaux avec leur cortège de séjours à rallonge et d'interventions chirurgicales et des centres de rééducation dans lesquels des enfants plus handicapés les uns que les autres séjournaient des semaines, voire des mois durant. 

Ce fut mon cas et même si je ne souhaite pas parler de ma maladie, c'est bien là qu'a commencé ce qui allait devenir des années plus tard l'enfer de ma vie : les compulsions alimentaires. Et tout ce qui va avec. Les regrets. Les remords. La culpabilité. La honte. Le sentiment d'échec et de dévalorisation. Et je ne parle pas de la dépression et des idées noires qui ont parfois fait partie de ma vie jusqu'à l'extrême.

*

Je me souviens que lorsque j'étais adolescente et jeune adulete, chez mes parents, on aimait manger et ma mère nous préparait de délicieux petits plats. On ne se demandait pas si c'était trop gras, trop sucré, trop salé ou s'il y avait suffisament de légumes dans notre assiette. On mangeait sans y penser et ma mère était une cuisinière hors pair. Mon père, mon frère, ma soeur et moi n'étions pas gros et pourtant les plats de maman, bien souvent, contenaient une bonne dose de beurre et de crème. En bons normands que nous étions, nous faisions honneur à sa cuisine sans rechigner.

Il n'y avait pas que ce genre de plats d'ailleurs. Elle nous faisait aussi de la soupe de légumes l'hiver et des crudités l'été. Sans y penser nous suivions les saisons. Quoi de plus naturel en somme.

Mais voilà, ce n'était pas idylique non plus. Maman avait ses interdits et si elle, elle gardait la ligne c'était parce qu'elle faisait tout le temps attention. Pas de bonbons, pas de biscuits, pas de pâtisserie. Et c'était la même punition pour nous. On avait juste droit à 4 carrés d'un chocolat noir de moyenne qualité, acheté par lot de 10 tablettes en grandes surfaces, dans un morceau de pain beurré au goûter. Le tout accompagné d'un verre de lait. Pour le dessert, après le plat principal, nous pouvions manger un yaourt nature ou un fruit mais surtout pas les deux. Bon c'est vrai qu'à cette époque, mes parents n'étaient pas bien riches. D'ailleurs seul mon père s'accordait de vrais desserts. Du Mont blanc au chocolat ou praliné. Il adorait ça. Et nous, nous salivions en le regardant déguster son petit pot. De nos jours, nous serions traités de parents indignes. Bon sans aller jusque là, ça nous torturait un peu quand même. Ma mère, malgré tout, confectionnait chaque dimanche une pâtisserie. Ce qui faisait qu'une fois par semaine, nous pouvions nous régaler d'un truc sucré.

Avant cela, lorsque j'étais enfant, les choses étaient un peu plus compliquées. J'étais souvent hospitalisée et je ne mangeais pas. Ou presque pas. Ca a duré jusqu'au début de l'adolescence. A l'hôpital, mes parents me ramenaient des sucreries. Rochers à la noix de coco, fraises tagada, langues de chat. Tout ce que je préférais. Et je ne me nourrissais qu'avec ça, au grand désespoir du personnel soignant. Mais à chaque fois que je rentrais à la maison, on me privait de ces petites douceurs. Je retrouvais le même "régime" que les autres membres de la famille. De plus, comme je n'aimais pas manger, ma mère me laissait souvent toute seule à table pour m'obliger à finir mon assiette. Entre l'âge de 5 ans et 11 ans environ, ça a été pour moi un véritable calvaire. Et puis tout a fini par rentrer dans l'ordre. Je me suis adaptée à la nourriture familiale.

Dès cet âge pré-pubert, je n'ai plus eu droit aux rochers ni aux fraises Tagada, même lors de mes hospitalisations. J'étais devenue "grande" et malgré ma maigreur de l'époque, il ne fallait pas tenter le diable et risquer de me faire grossir. 

Voilà pourquoi, quelques jours après mes 16 ans, je dévalisai l'épicerie au bout de la rue. Lait concentré sucré, chocolat au lait et noisettes, sodas, et autres sucreries. Je me souviens très bien de ce moment, où je me suis enfermée dans ma chambre située au deuxième étage. J'étais seule à la maison et je me suis littéralement empiffrée de tout ce que j'avais acheté. Au point d'en tomber malade et de tout vomir. Ca aurait pu me dissuader de recommancer. Mais non. J'ai juste fait attention, la fois d'après, de ne pas aller jusqu'à l'écoeurement.

Alors évidemment,quand 8 ans plus tard, après la naissance de mon fils, j'ai décidé de me mettre au régime pour perdre les 3 ou 4 petits kilos de ma grossesse, je n'ai fait qu'aggraver les choses. Et petit à petit, les compulsions occasionnelles sont devenues plus fréquentes et plus importantes. Plus culpabilisantes aussi. Plus honteuses... Car la différence entre mes 16 ans et aujourd'hui, c'est bien la naissance de ces sentiments-là. Adolescente, je ne culpabilisais pas et je n'avais pas honte lorsque je compulsais. Au contraire, ça me soulageait et je ne le vivais pas mal du tout. Et puis ça n'arrivait qu'une à deux fois par mois. Sans compter que je ne grossisais pas pour autant.

Aujourd'hui, c'est tous les matins que je me mets au régime. C'est tous les midis que je craque et c'est tous les soirs que je compulse sans pouvoir me réfréner. Plus rien ne m'écoeure et parfois je peux manger la journée entière.

C'est l'enfer...

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Posté par _Nim_ à 06:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]